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Accueillir nos abeilles sauvages solitaires
Environ 90% de nos abeilles sauvages sont des abeilles solitaires. Elles occupent une diversité d’habitats bien plus importante que les abeilles sauvages sociales, et chaque espèce a ses exigences propres. Certaines ont des besoins extrêmement originaux, il y a même des espèces qui nichent exclusivement dans des coquilles d’escargot vides ! Pour favoriser la diversité de nos abeilles solitaires, et donc la biodiversité de nos écosystèmes, il est nécessaire de multiplier plusieurs types d’installations qui permettront leur nidification et leur installation dans notre environnement proche.
Pour bien comprendre leurs besoins de nidification, rappelons que la particularité des abeilles solitaires est que la femelle construit seule son nid, elle fabrique des logettes au sein desquelles elle rassemble un mélange de pollen et d’un peu de nectar. La femelle pond ensuite un œuf directement sur la pâtée pollinique ou sur les parois de chaque cellule larvaire et la referme à l’aide d’une cloison faite de boue pour entamer l’élaboration de la cellule suivante ou pour obturer le nid une fois la construction de celui-ci achevée.
Tout d’abord, quelques considérations générales pour augmenter vos chances d’attirer nos abeilles sauvages. Prenez le temps d'observer vos différents nichoirs, essayez d'identifier les abeilles qui les fréquentent, notez les orientations les plus favorables et les matériaux adoptés. L'analyse de l'attractivité des nichoirs, vous renseignera sur les abeilles présentes dans votre environnement, vous permettra de connaître leurs habitudes de nidification, et vous pourrez alors envisager des actions concrètes pour mieux les aider.
Si vos nichoirs sont peu ou pas occupés la première année, ce n'est pas nécessairement parce qu'ils ne conviennent pas. Tout vient à point à qui sait attendre! Peut-être il n'y ait que peu d'abeilles sauvages dans votre environnement, laissez-leur le temps de se manifester, de s’installer. Rappelez-vous que leurs rayons d'actions ne sont pas importants, certaines espèces ne voyagent que sur de courtes distances (de l’ordre de quelques centaines de mètres). Assurez-vous également qu'il y a suffisamment de nourriture dans ces mêmes rayons d'actions. Il est bien évidement indispensable pour les abeilles sauvages de trouver leur nourriture à proximité sinon elles devront parcourir des distances considérables pour approvisionner leurs cellules larvaires ce qui aura un impact immédiat sur le nombre de cellules larvaires qu’elles pourront aménager au cours de leur courte vie.
Evitez de concentrer vos nichoirs dans même endroit, car rapidement les oiseaux insectivores identifieront ce lieu comme une mangeoire, et vos efforts d’aménagement seront vains. Parfois il est nécessaire de mettre une protection afin d'empêcher les oiseaux d'accéder aux nichoirs. Plusieurs solutions sont possibles, mais il ne faut pas gêner les abeilles. Le plus simple est d'installer un grillage à quelques centimètres des nichoirs, empêchant les oiseaux de s'en approcher, tout en permettant aux abeilles d'y accéder.
Accueillir les abeilles terricoles
La majorité des abeilles solitaires sont terricoles, c'est-à-dire qu’elles nichent dans le sol. Elles creusent elles-mêmes des galeries au bout desquelles elles installent leurs cellules larvaires. Certaines abeilles nichent à la verticale et cherchent donc généralement un sol mis à nu ou recouvert d’une végétation éparse pour y creuser des galeries pouvant atteindre quatre vingt centimètres de profondeur. D’autres abeilles ont besoin de parois verticales, tel un talus afin d'y creuser des galeries à l'horizontale. Le substrat est important, on distingue des espèces qui nidifient dans les terres sablonneuses, calcaires, argileuses.
(Re)créer un espace d’accueil pour les abeilles terricoles est à la portée de tous. Il suffit de laisser quelques mètres carrés de terre dégagé de sa végétation, permettant aux abeilles d'accéder facilement à la terre afin d'y installer leur site de nidification. Il vaut mieux privilégier un coin de terre ayant une exposition ensoleillée. Vous pouvez multiplier la diversité des habitats en créant des zones de terre différentes. Il suffit de creuser un trou d’environ un mètre carré sur une profondeur d’environ quatre-vingts centimètres et de le remplir de sable, terre calcaire, terre argileuse, …. Evitez que la végétation s’y installe car cela compliquera l’accès à la terre pour les abeilles sauvages. Il est conseillé d’utiliser un substrat présent naturellement localement. Si vous optez pour des parcelles aménagées avec du sable, l’idéal est d’utiliser du sable de construction jaune non lavé.
Vous pouvez également installer un tas de sable d’un mètre carré et d’une soixantaine centimètres de haut. Cette installation permettra d’accueillir les abeilles solitaires nichant verticalement.
Accueillir les abeilles squatteuses et charpentières
Rongés par des larves d’insectes se nourrissant de bois, les troncs d’arbres morts offrent des galeries parfaites pour accueillir les nids des abeilles solitaires. Certaines abeilles squatteuses aménagent leur nid des cavités préexistantes (de nombreuses osmies), d’autres comme les abeilles charpentières (xylocopes et cératines) creusent elles-mêmes le bois ou la moëlle végétale pour confectionner leur nid.
Créer artificiellement des galeries pour l’accueil de ces abeilles est choses aisée, il suffit de forer des buches de bois à l’aide de mèches de diamètres allant de 4 à 12 millimètres, sur la longueur de la mèche (une vingtaine de centimètres environ). Il faut prêter attention au fait que mes galeries forées ne doivent pas traverser le bois de part en part, chaque galerie doit être bouchée à son extrémité. Il faut préférentiellement utiliser des bois durs éviter les résineux car ces derniers trop tendres ils sont sujets à la déformation lors de variation du taux d’humidité. L’entrée des galeries doit être bien lisse (on peut les poncer légèrement au besoin) ; il faut éviter les aspérités car elles risquent de compliquer l’accès aux nids pour les abeilles qui risquent de s’y blesser. L’ensemble de l’installation doit être surmontée d’un toit ou d’une structure qui protégera les nids des intempéries.
La végétation apporte pas mal de site de nidification aux abeilles solitaires. Les tiges creuses permettent aux abeilles d’installer leurs nids. Les abeilles dites caulicoles vont nicher dans des tiges creuses, tandis que les abeilles rubicoles vont chercher des tiges dont le cœur est composé de moelle, qu’elles vont préalablement enlever, avant elles aussi d’y installer leurs nids.
Fabriquer des nichoirs consiste à rassembler divers tiges creuses avec ou sans moelle que vous prélèverez en taillant vos arbustes ou en coupant des herbes séchées. Il suffit alors de lier toutes ces tiges soit séparément, soit ensemble. Rangez-les à l’abri de la pluie en les disposant dans une boite de conserve, ou un bout de tuyau.
Aménagements floraux autour des nichoirs
Comme vous le constatez les habitats des abeilles sauvages sont très variés. Pour aider les abeilles il faut donc installer différents types d’aménagements et surtout observer. Ne pas se décourager, certains nichoirs seront occupés rapidement, d’autres nécessiteront d’attendre plusieurs années. N’oubliez pas de combiner gîte et couvert, sans nourriture aucune chance de voir venir les abeilles. Les femelles des abeilles solitaires doivent visiter plusieurs centaines de fleurs pour pouvoir approvisionner un seul nid qui sera composé de 6 à 8 cellules. Dans le cas de l’osmie crochue (Hoplitis adunca), de récentes études ont démontré que chaque femelle doit récolter le pollen de près de 900 fleurs de vipérine (Echium spp., Boraginaceae) pour pouvoir aménager son nid et assurer le développement de sa descendance. L’accueil de cette espèce impose donc d’aménager un coin de jardin avec certaines plantes particulières qui seront préférentiellement visitées par certaines espèces d’abeilles sauvages, mais qui attireront aussi d’autres espèces d’abeilles et tout un cortège d’insectes qui bénéficieront directement de vos aménagements. La biodiversité nous concerne tous, à nous de l’accueillir chez nous!
Extrait de "Connaitre et aider nos abeilles sauvages" - LRBPO Nicolas Vereecken, Denis Michez, Pascal Colomb & Marc Wollast
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