Nourrir nos Abeilles sauvages PDF Imprimer

Toutes les espèces d'abeilles sauvages ont leurs caractéristiques propres, elles dépendent d’un habitat souvent particulier, mais surtout de la flore locale, base de leurs chaînes alimentaires.

Une flore sauvage devenue trop rare

Si l’agriculture a été source de diversification des milieux (création d’habitats ouverts par le défrichage des forêts, entraînant un accroissement de la biodiversité) sa modernisation au cours du 20ème siècle a eu des conséquences dramatiques sur la flore indigène et forcément sur la faune en général.

Si l’on s’attarde plus particulièrement sur les prairies, autrefois, les agriculteurs récoltaient les fonds de granges et réensemençaient leurs nouvelles prairies avec ces semences. On y retrouvait bien sûr une grande quantité de graines de graminées, mais aussi et surtout une diversité de semailles de plantes à fleurs assurant ainsi un intérêt pour l’entomofaune.

Aujourd’hui, cette pratique a disparu. L’agriculteur achète son mélange de semences prairiales, comprenant exclusivement des graminées voire quelques rares légumineuses et exploite ses prairies de manière plus intensive. Les quelques espèces de fleurs qui peuvent supporter une telle pression se retrouvent bien souvent limitées au pied des clôtures et sur les talus de bords de voiries.

Mais les nouvelles pratiques agricoles, utilisant des machines plus performantes (pour le triage des semences par exemple) ou des pesticides, ne sont pas les seules causes de cette régression de la nature. Il est admis aujourd’hui que les particuliers utilisent régulièrement des pesticides, et bien souvent à plus fortes doses, dans leurs jardins. Le développement de l’urbanisation réduit également l’espace où la nature avec encore le droit de cité. Ainsi, les friches urbaines sont « valorisées » par divers projets immobiliers de types habitations ou centres d’affaires. Les espaces verts liés à cette urbanisation sont souvent pauvres en terme de floraison et réduits en pelouses rigoureusement entretenues.

Depuis quelques années, heureusement, on assiste à une prise de conscience du grand public. Les prairies fleuries, notamment, ont le vent en poupe. Ainsi fleurissent-elles le long de certaines cultures ; les agriculteurs bénéficient de primes, dans le cadre des mesures agri-environnementales, pour établir des bandes fleuries. Certaines entreprises et particuliers, sensibilisés, aménagent leurs espaces verts de manière à les rendre plus accueillant pour la faune en général.

Des fleurs, oui mais !

Attention toutefois, cet engouement récent fait réagir les semenciers qui proposent des mélanges de fleurs essentiellement exotiques ou horticoles. Voici venus, les cosmos, les coquelicots californiens, les bleuets à fleurs doubles et autres zinnias !

Pourtant, ces fleurs n’attirent bien souvent que quelques insectes généralistes. Pire encore, les variétés doubles, plus attractives visuellement, constituent des leurres pour les insectes. L’inflorescence, plus grosse, attire plus facilement les insectes, mais la nourriture ne s’y trouve pas ou alors en plus faible quantité voire d’accès plus difficile. Les pétales supplémentaires viennent généralement d’étamines transformées. Hors, sans étamine, plus de pollen. Les abeilles dépensent alors beaucoup d’énergie pour bien peu de récoltes.

Ces mélanges sont malheureusement abondamment utilisés en France dans les jachères fleuries et apicoles, au nom de la sauvegarde de la biodiversité ! Certains encore s’en défendront en disant que c’est mieux que rien.

Ces plantes venues d’ailleurs ne risquent-elles pas de coloniser nos habitats naturels et devenir « invasives » ? De nombreux exemples sont bien connus chez nous. Les renouées du Japon, la solidage du canada ou bien encore le sénéçon du Cap se dispersent sur notre territoire. Leur gestion (arrachage) coûte chère. N’y a-t-il pas de risque de voir des variétés horticoles proches de nos sauvageonnes s’hybrider avec celles-ci ?

Bref, il n’est pas toujours aisé de faire comprendre au grand public l’équilibre subtil de la nature d’autant plus que certaines associations, dites de protection de la nature, cautionnent ce genre d’aménagements.

Nos belles indigènes

Pour concevoir correctement un aménagement favorable à nos abeilles sauvages (et à la faune sauvage en général) il est important de couvrir au maximum leurs besoins en nourritures sur la plus grande partie de l’année et de favoriser les espèces mellifères.

Ainsi, les arbustes indigènes à fleurs garantissent une floraison printanière. Les floraisons commencent avec le prunellier et les saules puis, suivent le merisier, le sorbier, l’aubépine... pour terminer en juin avec le troène et le sureau.

Les bulbeuses de sous-bois et lisières apportent également très tôt dans l’année nourriture au moins frileux. Les bourdons visitent les jonquilles, les corydales et les premiers lamiers.

Dès le mois d’avril, les premières fleurs de prairies telles que les primevères, complètent les floraisons des arbustes. D’autres, plus estivales, prolongeront les ressources en nourriture jusqu’en septembre voire même début octobre, assurant ainsi la constitution capitale de réserves de nourriture pour les abeilles sauvages avant la mauvaise saison.

Certaines espèces de fleurs sont particulièrement appréciées par une grande diversité d’insectes. Tel est le cas de la vipérine qui pousse sur les terrains plus caillouteux, ou bien encore de la knautie des champs, de la centaurée, de la bétoine, ...

Mais les visiteurs ailés varient aussi en fonction de la morphologie de la fleur. Ainsi on subdivise les abeilles en deux grands groupes : la guilde des abeilles dites à langue courte et celle des abeilles à langue longue, l’abeille domestique et les bourdons font partie de cette dernière.

Les abeilles à langue longue butinent en grande partie les espèces de la famille des légumineuses (trèfles, lotiers, ...) et des labiées (lamiers, origan, bétoines, ..). Ces fleurs sont généralement de couleurs rouges, bleues ou pourpres et présentent une une corolle longue et étroite. Le nectar n’est alors accessible qu’aux pollinisateurs pourvus d’une longue langue ou d’une trompe (papillons).

Les abeilles à langue courte ont plutôt une préférence pour les astéracées et les ombellifères au nectar directement accessible. Il en est de même des syrphes, insectes auxiliaires des cultures (leurs larves sont plus voraces encore que les larves de coccinelles). Les dominances de couleurs de ces fleurs sont ici plutôt le jaune et le blanc.

Savez-vous également que la survie de certaines plantes très spécialisées dépend parfois d’une seule espèce d’abeille sauvage ? C’est le cas notamment de l’ophrys abeille, orchidée sauvage de nos régions, dont la fleur rappelle étrangement le corps d’une abeille femelle. Les mâles de l’Eucère à longues antennes « s’émoustillent » sur la fausse promise et assure, malgré eux, la pollinisation de la fleur.

A vous d’agir

Nul besoin d’une grande surface pour utiliser des plantes indigènes. Même en ville, sur quelques mètres carrés ou tout simplement sur un balcon, on peut cultiver des fleurs sauvages. Une potée d’origan au soleil suffit déjà à attirer un bon nombre d’abeilles et de papillons.

Le développement des toitures végétalisées permet la création de petits biotopes fort utiles dans les centres les plus urbanisés et contribue au maillage vert

En périphérie des villes et à la campagne pourquoi ne pas transformer une partie de sa pelouse en prairie fleurie composée de fleurs sauvages ? Moins de surface à tondre et plus de temps pour apprécier le calme et observer la faune qui profitera très vite de cet oasis de couleurs.

Extrait de "Connaitre et aider nos abeilles sauvages" - LRBPO
Nicolas Vereecken, Denis Michez, Pascal Colomb & Marc Wollast